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La maison de Mademoiselle Agar (1880)

Rue Le Nôtre

3, rue le Nôtre XVIe

La façade sur les jardins du Trocadéro

L’édifice « brique et pierre » du n° 3 de la rue Le Nôtre fut édifié pour Marie-Léonide Charvin, dite « Mademoiselle Agar », célèbre tragédienne qui connut la gloire sous le Second Empire et la Troisième République. Elle y vécut avec son époux, Georges Marye, entre 1880 et 1882. Véritable personnage de roman, Mademoiselle Agar mena une vie de saltimbanque, après des débuts particulièrement remarqués sur la scène des théâtres parisiens. Elle avait une ascendance peu commune : son aïeule, d’origine égyptienne, fort belle, avait suivi un soldat de la Grande Armée en France, dans les environs de Vienne, qui l’épousa. De cette union, une fille était née, en 1815. Celle-ci prit également pour époux un homme qui accomplissait une carrière militaire : un maître d’armes aux dragons, Pierre Charvin, qu’elle suivit dans ses pérégrinations, même lorsque Marie-Léonide vint au monde, en 1832. Après la mort de sa mère et le remariage de son père, la jeune fille se jeta, en 1850, dans les bras du premier venu, un certain Barthélémy Nique, ouvrier tulliste, qu’elle quitta cinq ans plus tard.

mademoisele agar

Portrait photographique de Mademoiselle Agar 

Débarquant à Paris, Marie-Léonide, connaissant la musique et sachant jouer du piano, dotée en outre d’une belle voix, se présenta au café du Géant, boulevard du Temple, où elle se produisit dans des duos d’opéras. Remarquée par Achille Ricourt, elle fit ses véritables débuts sur la scène du théâtre de l’Odéon, sous le nom de « Mademoiselle Agar », en 1862. Elle parut, l’année suivante, sur la scène de la Comédie-Française, puis retourna à l’Odéon, jusqu’en 1869.

Interprète officielle des Parnassiens, elle créa, pour eux, des lectures publiques et consacra les poèmes de Leconte de l’Isle, Baudelaire et surtout François Coppée. En 1869, elle créa avec succès Le Passant à l’Odéon, lançant à la fois la carrière de Coppée et de sa jeune partenaire, Sarah Bernhardt. Cette réussite et la volonté de Napoléon III lui ouvrirent véritablement les portes de la Comédie-Française. Ses adversaires prirent toutefois le prétexte de la guerre de 1870 pour la désigner comme une redoutable communarde et la forcer à quitter l’institution. Pour s’en éloigner, elle lança, en 1872, les Tournées du répertoire classique, au cours desquelles elle joua Molière et Racine dans toute la France. 

Mademoiselle Agar quitta, à cette époque, la rue des Feuillantines pour s’installer dans une petite maison de la rue La Fontaine. Poursuivie par Barthélémy Nique, la tragédienne accepta la protection de Georges Marye, qu’elle avait connu pendant le Siège de Paris. Réussissant à tenir son époux à distance contre quelque argent, qu’elle consentit à lui verser jusqu’à sa mort, en 1880, elle vécut avec son protecteur. Depuis quelques temps déjà, celui-ci organisait ses tournées et tenait auprès d’elle le rôle d’impresario. Devenue son épouse légitime, la tragédienne ne réduisit pas la cadence de ses tournées, qui avaient permis l’acquisition d’un terrain, situé en bordure des jardins du Trocadéro, tout juste aménagés en vue de l’Exposition universelle de 1878. Sur ce terrain, le couple fit bâtir une maison, à l’angle des rues Le Nôtre et Chardin, sans grand caractère, et un hôtel particulier « brique et pierre », un peu plus bas.

Cet hôtel particulier de trois travées comprend cinq niveaux : un rez-de-chaussée à refends, en forme de soubassement, qui corrige la forte pente de la rue, un étage noble, souligné par un balcon à garde-corps en ferronnerie et deux niches occupées par des bustes, un second étage en façade, ainsi que deux étages pratiqués sous les combles. Des chaînages de pierre soulignent les angles du bâtiment et détachent l’encadrement des baies, dont la plate-bande alterne claveaux lisses et vermiculés.

3, rue Le Nôtre détail

 Le buste de Georges Marye

 La travée centrale est éclairée par de grandes baies à croisillons et meneaux de pierre, qui occupent les deux premiers étages. Devant la baie inférieure, le balcon repose sur des consoles, qui descendent sous la corniche du rez-de-chaussée et encadrent le porche.

La sculpture décorative renvoie à la maîtresse des lieux. Le mufle de lion du porche pourrait être une allusion à son second prénom. Plus clairement, les bustes des niches ovales représentent, à gauche, le portrait de la tragédienne, et à droite, celui de son époux, Georges Marye, tous deux sous la figure de comédiens en costume. Entre les deux grandes baies rectangulaires, un relief aux masques de théâtre rappelle la profession de Mademoiselle Agar. Enfin, un médaillon au chiffre (les lettres « MA » entrelacées), agrémenté de fruits et de feuilles de palme, couronne la baie supérieure. Des branches de laurier occupent le fronton mouluré de la lucarne axiale.

buste funéraire de mademoiselle agar

Tombe de Mademoiselle Agar au cimetière de Montparnasse

L’installation de Mademoiselle Agar à Passy fut d’une courte durée : escroquée par un notaire et ruinée, alors que les maisons des rues Le Nôtre et Chardin n’étaient pas encore payées, la tragédienne et son époux durent quitter Paris et prendre une demeure plus modeste au Vésinet, puis à Rueil. Frappée d’apoplexie lors d’une représentation, au théâtre des Gobelins, en 1886, Mademoiselle Agar n’eut pas le temps de renouer avec la Comédie-Française. Réfugiée à Nice en 1890, puis en Algérie, où elle succomba, Mademoiselle Agar fut inhumée au cimetière du Montparnasse.

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