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Le bois de Boulogne (1853-57)

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Plan de Paris par arrondissement : bois de Boulogne, entre 1905 et 1921, édité par L. Guilmain

Vestige de l’ancienne « forêt de Rouvray » et autrefois terre de monastères, sous l’impulsion du puissant abbé de Saint-Denis, puis érigé en réserve de chasse par Philippe-Auguste, l’actuel bois de Boulogne fut aménagé sous le Second Empire en agréable promenade plantée, sillonnée d’allées, de chemins habilement tracés, de routes, de petites rivières s’écoulant discrètement, de jardins, de lacs et de plusieurs autres plans d’eau.   

Il tire son nom de l’église Notre-Dame-de-Boulogne-la-Petite (actuelle église Notre-Dame-des Menus de Boulogne-Billancourt), bâtie sur l’ordre de Philippe le Bel à la suite d’un pèlerinage effectué avec sa fille Isabelle de France à Boulogne-sur-Mer, alors que celle-ci allait épouser Edouard II d’Angleterre.

chateau madrid

Pierre-Denis Martin

Vue du château de Madrid dans le bois de Boulogne avec la chasse au cerf du duc de Bourbon, vers 1722, huile sur toile, château de Versailles 

Repaire de brigands au XIVe siècle, puis lieu de festivités royales, où François Ier fit construire le château de Madrid, le « bois » abrita Marguerite de Valois, qui vécut au château de la Muette après avoir été répudiée par Henri IV. C’est, bien plus tard, en 1783, que partit, depuis le domaine de la Muette, le premier vol en ballon à air chaud.

Reboisé sous la Restauration, le bois de Boulogne fut, en 1840, amputé de sa partie orientale, où s’implanta l’enceinte de Thiers. L’aménagement de cette vaste étendue boisée, cédée à la Ville de Paris par Napoléon III en 1852, entra dans la politique de développement des espaces verts de la capitale et fit l’objet d’importants travaux d’embellissement. 

Le bois de Boulogne compose un jardin paysager à l’anglaise traversé de chemins sinueux, ponctué de pièces d’eau et de petites rivières artificielles, décoré de rocailles spectaculaires. Il se caractérise également par un réseau hydraulique ingénieux, comme peut l’être la petite cascade située à l’extrémité sud du Lac Inférieur, sorte de déversoir « pittoresque » du Lac Supérieur. 

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Plan du bois de Boulogne (1855, détail), avec l’indication de la Butte Mortemart et des deux lacs

L’architecte Jacques-Ignace Hittorff et le paysagiste Louis-Sulpice Varé créèrent d’abord jardins, voies et plans d’eau artificiels. En 1855, L. de Verviers décrit les premiers embellissements du bois de Boulogne :

« Pour bien se pénétrer des difficultés qu’il aurait à combattre ou des avantages dont il pourrait profiter, M. Varé se dirigea d’abord vers le point culminant, le rond Mortemart ; le cèdre qui se trouvait au centre lui servit d’observatoire, et, de ce point de vue élevé, se développa sous son regard un point de vue merveilleux (…). Quand il en descendit tout son projet était dans sa tête ; le soir même, il le fit sur le papier, le fit agréer par l’Empereur, et, quelques mois après, Paris applaudissait à sa brillante conception.

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L’une des îles du Lac Inférieur 

 Dans ce court espace de temps, une montagne s’éleva au rond Mortemart, et deux vastes nappes d’eau, d’une superficie de plus de douze hectares, furent creusées au point le plus élevé du bois (…). La première, ou Lac Supérieur, (…) reçut en abondance les eaux de la Seine, situées (…) au-dessous du niveau de leur nouveau lit. Ce prodige (…) fut obtenu à l’aide d’appareils analogues à ceux de la machine de Marly, mais infiniment plus simples et moins coûteux. De puissantes machines placées au quai de la Conférence à Paris élèvent l’eau de la Seine au point culminant de la hauteur de Chaillot ; arrivées là, les eaux pénètrent dans des conduits en fonte de quarante centimètres de diamètre ; elles descendent par des conduits souterrains la plaine de Passy, entrent dans le bois par la grille du jardin de la Muette. »

Le système coûteux de prélèvement de l’eau dans la Seine par les machines de Chaillot fut rapidement abandonné. C’est une conduite provenant du canal de l’Ourcq, construite à partir du réservoir de Monceau, qui alimenta finalement en eau le bois de Boulogne. En 1861, le puits artésien dit « de Passy », tout juste achevé, apporta de nouvelles ressources.

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Plan du bois de Boulogne (1855, détail), avec l’indication du Rond des Cascades

De Viviers poursuit :

« A l’extrémité du Lac Supérieur est le Rond des Cascades, sorte de carrefour auquel aboutissent de toutes parts six grandes routes larges de seize mètres, trottoirs compris (…).

Sous le Rond des Cascades, une masse de rochers formant digue modère le courant de l’eau, qui se précipite enfin sous forme de cascades dans la nappe limpide de la rivière (…). Elles sont formées de quartiers énormes de rochers affectant une forme sauvage, entourés de sombres arbustes, et figurant un promontoire d’un aspect pittoresque.

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Le Lac Inférieur (1853-54)

Le Lac Inférieur (…) a douze cents mètres de longueur et deux cents mètres dans sa plus grande largeur. Ses eaux, dans toute cette étendue, baignent de vertes pelouses, coupées de distance en distance par des rochers pittoresques et des massifs d’arbres. De petits sentiers solitaires, réservés aux piétons, suivent ses bords enchanteurs, tandis qu’au sommet des pelouses serpentent de vastes allées, fréquentées par la foule des cavaliers, des équipages et des simples promeneurs, pour l’agrément desquels les bas-côtés des avenues ont été disposés en trottoirs.

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Le pont rustique des deux îles (1867), à gauche, et le chalet suisse (1855), à droite

Deux îles ont été ménagées au milieu du Lac Inférieur. Elles sont reliées entre elles par un pont rustique jeté sur des masses de rochers. Aucune communication n’est ouverte de la rive aux îles, mais des barques coquettes traversent [le lac] à chaque instant et y transportent les curieux. Dans la première île est construit un chalet élevé par des ouvriers suisses sur le modèle des chalets du canton de Berne. L’autre île porte à son promontoire un kiosque circulaire d’un effet gracieux (…).

Le Carrefour du Bout du Lac, où viennent déboucher quatre grandes allées, marque l’extrémité des deux nappes d’eau. L’une de ces allées, celle de droite, large de vingt mètres, conduit par une courbe gracieuse à la rencontre d’un immense boulevard, le Boulevard de l’Impératrice [actuelle avenue Foch] (…). »

(Le Bois de Boulogne [...], Paris, 1855, pp. 5-11)

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Plan du bois de Boulogne (1855, détail), avec le tracé sinueux de la rivière de Longchamp, vers le Carrefour de la Grande Cascade de Longchamp

En 1854, l’extension du bois de Boulogne jusqu’à la Seine permit d’établir un hippodrome pour les courses publiques de chevaux sur la partie sud de la plaine de Longchamp. Les parties isolées du bois et certaines zones situées sur le territoire des communes d’Auteuil, de Boulogne et de Neuilly furent alors peu à peu réunies. Louis-Sulpice Varé projeta également l’aménagement des terrains situés au nord et à l’ouest, sillonnés par de petites rivières.

En 1855, les travaux de l’étang du Réservoir, installé sur une partie du plateau dominant la plaine de Longchamp, n’étaient encore qu’à peine ébauchés. Ce vaste réservoir devait alimenter l’un des principaux ouvrages du bois de Boulogne : la Grande Cascade. C’est à cette époque que Louis-Sulpice Varé fut congédié par le baron Haussmann, fraîchement nommé préfet de la Seine. Après avoir constaté un défaut de nivellement lors de l’aménagement d’une rivière serpentine, Haussmann désigna l’ingénieur Jean-Charles Alphand et l’horticulteur Jean-Pierre Barillet-Deschamps pour reprendre le chantier. 

En 1858, le bois de Boulogne avait atteint sa superficie actuelle. Il possédait désormais toutes ses allées rectilignes et ses routes sinueuses, empierrées pour les voitures et sablées pour les cavaliers, ainsi que ses sentiers sous bois pour les piétons. Il était doté de ses grandes pièces d’eau et ses petits ruisseaux alimentés par le trop-plein des lacs, de ses belles cascades, de pelouses autour des pièces d’eau, de grands arbres et d’arbustes de choix. 

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La croix du Pré-Catelan

Le ruisseau de Longchamp est le principal cours d’eau du bois de Boulogne, qu’il traverse par son milieu, d’est en ouest. Il coupe « la route de Saint-Denis », passe par « une prairie », pénètre « en serpentant dans les profondeurs les plus solitaires du bois », coupe encore « l’allée de la Croix-Catelan » et arrose la prairie circulaire du Rond-Point, « débouche dans l’allée de la Reine-Marguerite », avant de tomber « en cascade dans l’ancienne Mare-aux-Biches » et de « se perdre dans le Réservoir ».

L’obélisque de la croix du Pré-Catelan est l’ultime monument de pierre marquant encore l’un des grands carrefours du bois de Boulogne. Selon une légende, il évoquerait la mémoire d’Arnault Catelan : celui-ci, envoyé à la cour de Philippe le Bel par la comtesse de Provence Béatrice de Savoie, avait été assassiné par les soldats du roi de France, alors qu’il traversait le bois de Boulogne. Le lieu-dit semble plutôt tenir son nom de Théophile de Catelan de Sablonnière (v. 1643-1721), capitaine des Chasses du château de Madrid et du bois de Boulogne à l’époque de Louis XIV.

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Le Théâtre des Fleurs du Pré-Catelan en 1865

Gabriel Davioud et Jean-Pierre Barillet-Deschamps aménagèrent, à partir de 1858, le jardin du Pré-Catelan en parc d’attractions pour adultes, avec salle de concert, buffet, brasserie, aquarium, théâtre de magie et cabinet de photographie. On pouvait y boire du lait frais, faire du vélocipède ou des tours de manège, assister aux spectacles du Théâtre des Fleurs.

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 Le chalet du Pré-Catelan

On édifia, à proximité de l’obélisque, le chalet de la Croix Catelan, qu’on renomma « Relais du bois ». Ce charmant petit édifice orné de panneaux de briques rouges et beiges, aujourd’hui désaffecté, comprenait une buvette et un bureau de tabac pour les promeneurs.

Le parc d’attraction du Pré-Catelan prit fin avec la guerre de 1870 et l’effondrement du Second Empire. Il s’intégra alors au bois de Boulogne et fut doté de nouveaux établissements : un site sportif en 1886, un casino-restaurant de luxe, édifié par Guillaume Tronchet en 1905. On inaugura, en 1953, le jardin Shakespeare à l’emplacement de l’ancien Théâtre des Fleurs du Pré-Catelan. Il se compose de petits jardins thématiques illustrant l’oeuvre du célèbre dramaturge anglais.    

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L’Étang du Réservoir

Du carrefour de la Croix du Pré-Catelan, la route de Suresnes mène à l’Étang du réservoir. Cette vaste nappe semée d’îlots orne l’un des plus beaux sites du bois de Boulogne. Ses eaux se précipitent, par le moyen d’une Grande Cascade, dans une autre nappe inférieure creusée à la suite du réservoir.

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La Grande Cascade du bois de Boulogne

Jean-Charles Alphand confia au fameux rocailleur Eugène Combaz (1824-1881) le soin d’agrémenter les lacs et les ruisseaux du bois de Boulogne de grottes, de cascades et de rochers artificiels. Il imagina ainsi la Grande Cascade de Longchamp, pour laquelle il fit disposer d’énormes blocs de grès de Fontainebleau autour de tiges de fer enrobées de ciment, afin de former un promontoire sur la nappe inférieure et de dégager un passage couvert derrière la chute d’eau.

L’effet obtenu était, à l’origine, bien plus spectaculaire que la cascade actuelle, comme l’atteste la photographie de Charles Marville (1813-1879) et l’illustration de la Grande Cascade de Longchamp, au bois de Boulogne, parue en 1867.

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La Grande Cascade de Longchamp  

 La Grande Cascade demeure l’un des sites les plus pittoresques du bois de Boulogne : le clapotement de l’eau sur les rochers mousseux émergés de l’eau est une musique fort agréable ; le cadre est verdoyant et fréquenté par quelques paisibles canards.

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La grotte de la Grande Cascade

 Pendant les jours de forte chaleur, le promeneur peut jouir de la fraîcheur de la grotte située derrière la chute d’eau. Des reposoirs permettent d’apprécier la vue sur le petit étang.

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L’étang de Longchamp

Plus à l’ouest, au-delà de la route de Sèvres à Neuilly, l’étang de Longchamp, au caractère sauvage et naturel, propose une promenade apaisante. Situé au sud du parc de Bagatelle, cette pièce d’eau de deux hectares possède des berges planes, bordées d’une petite barrière et plantée d’arbres.

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Canards et nénuphars sur l’étang de Longchamp

Ce bel étang est l’habitat de nombreux canards, foulques et poules d’eau qui circulent entre les nombreux nénuphars qui flottent à la surface de l’eau.

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Un héron chassant sur l’étang de Longchamp

Régulièrement rempoissonné, il est très apprécié des pêcheurs et sert également de garde-manger aux hérons.   

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Le Lac Inférieur du bois de Boulogne

Il faut reprendre la route de Suresnes pour rejoindre la pointe septentrionale du Lac Inférieur et le petit chalet des barques de location. 

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Henri-Edmond Cross (1856-1910)

Lac du bois de Boulogne, vers 1899-1900, huile sur toile, 73 x 92 cm, Paris, musée Marmottan-Monet

Le canotage rencontra, dès l’origine, un franc succès, comme le suggère le tableau d’Henri-Edmond Cross, qui montre une embarcation, manœuvrée par un homme coiffé d’un canotier, avec trois dames munies de leur ombrelle pour se protéger du soleil.

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Les cygnes du Lac Inférieur

La balade en barque est un divertissement encore prisé de nos jours, en plus d’être un sain exercice de remise en forme en plein air ! La location des barques s’effectue à l’extrémité nord du Lac Inférieur : les passagers peuvent voguer autour des îles et approcher les cygnes, les oies, les canards, les foulques et les poules d’eau. Pour débarquer sur l’île du chalet, il faut en revanche emprunter le bac.

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Le kiosque de l’Empereur

  La balade en barque permet aussi d’approcher le petit kiosque, dit « kiosque de l’Empereur », construit par l’architecte Gabriel Davioud à l’extrémité de la seconde île du Lac Inférieur. L’édifice est précisément décrit dans Les Promenades de Paris (Paris, 1867-73, pp. 67-69) :

« Le kiosque, édifié à la pointe sud de l’île du grand lac, est placé sur un soubassement circulaire, en pierre de taille à sa partie inférieure, et en briques de deux tons, rejointoyées à l’anglaise, dans sa partie supérieure. Ce soubassement renferme un petit caveau pour le dépôt des outils de jardinage ; et l’assise de retraite présente la forme et la saillie d’un banc, interrompu, dans son pourtour, par la largeur de la porte du caveau.

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Le kiosque de l’Empereur, depuis les rives du Lac Inférieur

On accède à la salle du kiosque proprement dit, par un escalier extérieur en bois découpé. Cette salle octogonale est éclairée par six hautes fenêtres et par deux portes vitrées en verres de couleur. Un balcon extérieur, muni d’un banc en bois, entouré complètement cet édicule. Un comble en calotte, avec bord saillant supporté par des consoles, couvre le sommet. Un épi en plomb, orné d’une girouette représentant le vaisseau municipal, surmonte le comble, couvert en ardoises taillées en écailles. L’ardoise employée provient des carrières d’Angers et de Mézières. Les premières sont d’une couleur bleu foncé, les secondes d’un gris verdâtre. Avec ces deux nuances, on a pu exécuter sur la surface sphérique de la calotte un dessin d’hélice ».

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Le pont reliant les deux îles

En s’aventurant sur l’île du chalet, le promeneur peut poursuivre son cheminent vers l’île du kiosque. Ce n’est toutefois plus le pont rustique d’autrefois qu’il empruntera, mais un pont métallique, dont les arches retombent directement sur les berges du lac.

Au nord des grands lacs, du côté de Neuilly

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Le ruisseau donnant naissance à la mare Saint-James

     En s’échappant du Lac Inférieur, le ruisseau de Longchamp donne naissance à deux autres ruisseaux qui irriguent la partie nord du bois : le ruisseau d’Armenonville, qui alimente la mare du même nom, puis la mare de Neuilly ; et le ruisseau de Saint-James, qui alimente la mare Saint-James, puis se jette dans le bassin de patinage, creusé dans la plaine de Madrid.

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La pinède de la mare Saint-James et les arbres formant la végétation des îles

La mare Saint-James, qui occupe l’emplacement d’une ancienne carrière de sable et de cailloux, possède une berge nord plantée d’une remarquable pinède. Cette mare enserre par ailleurs deux îles sauvages et inaccessibles.

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Héron chassant près des îles de la mare Saint-James et couple de pigeons prenant le soleil à proximité de la pinède 

Cet endroit paisible, fréquenté par une faune habituée aux promeneurs du bois (hérons, pigeons), ne manque pas de charme.

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